Garry Assel, vainqueur de l’Ultra-Trail du Müllerthal

Emeline

Gary Assel, 36 ans, ex-champion du Luxembourg de duathlon a parcouru les 112 km de l’Ultra-Trail du Müllerthal en 11h14’27 », sur un parcours au dénivelé positif de près de 2700m. Professeur d’éducation physique au Lycée technique pour professions de santé à Luxembourg-Ville, c’était pourtant la première fois qu’il parcourait une telle distance. Rencontre avec un sportif hors norme.

Garry Assel, son passé, son histoire

Garry Assel: Très tôt, l’activité physique a pris une place privilégiée dans ma vie d’enfant et d’adolescent. Je souhaiterai d’ailleurs commencer cette interview par un petit hommage à mes parents qui m’ont toujours encouragé et soutenu dans cette voie.

A huit ans, le basket est devenu ma grande passion après quelques essais en karaté. Je me suis investi dans ce sport collectif dans lequel j’ai rapidement trouvé mes marques. Des entraînements rigoureux, à raison de 5-6 séances par semaine, en club et en sélection nationale confondus, ont ainsi marqué mon quotidien. A côté, je ne cachais pas non plus mon attirance pour une autre passion, le skateboard. Le skateboard me procurait des sensations uniques et m’a permis de construire des facultés coordinatrices intéressantes pour la suite de ma carrière sportive.

Mon père, triathlète à l’époque, m’invitait souvent à l’accompagner lors de ses sorties courses à pied. Toutefois, à cette période, mon enthousiasme pour les sports d’endurance était relativement limité et je préférais répéter mes gammes de dribbles en basket ou perfectionner mes « ollies » (sauts en skateboard).

Lorsque je suis rentré en 5ème année scolaire, mon instituteur, marathonien passionné, nous a fait découvrir son univers au détour de petites sorties pédestres, dans le parc de la commune à côté de l’école. Quelques années à peine plus tard, je m’inscrivais à mon premier 10 km que j’ai pu terminer en à peine 40 minutes, au plus grand étonnement de certains entraîneurs du demi-fond.

Surpris de cette performance sans réel entraînement spécifique, j’ai pris conscience pour la première fois de mon potentiel endurant et de mes pré-dispositions pour la course à pied. A quinze ans, toujours basketteur, mon père me convint d’essayer un triathlon de promotion à Echternach (500 m de natation, 20 km de vélo et 5 km de course). Cette expérience dans le triple effort m’avait marqué pour de bon sans pour autant me convaincre de tourner le dos au basket.

Le premier déclic arrivera finalement lors du championnat de Cross-Country pour lycéens licenciés et non-licenciés, où j’ai terminé 3ème au scratch. Puis, avec une autre place sur le podium lors d’une course de 6 km sur route pour lycéens. Ces victoires n’ont pas échappées à l’un des entraîneurs les plus réputés du demi-fond au Luxembourg à l’époque, Pol Wagner. J’ai alors suivi sa proposition de rejoindre le club d’athlétisme de Luxembourg-ville, le cercle athlétique de Luxembourg (CAL), pour me préparer en vue de la saison de Cross-Country.

J’ai alors remporté tous les cross de la catégorie cadets de la saison, et ai été couronné champion national en 1996. Un autre titre de champion national chez les juniors vint arrondir le tout en 1998. Pourtant, des blessures récurrentes vinrent mettre en danger la suite de ma carrière de coureur et triathlète/duathlète.

Mais mon avenir se situait bien hors stade et j’étais né pour les courses de terrain respectivement pour le triathlon/duathlon.  A 18 ans j’ai ainsi définitivement tourné le dos au basket, en conservant toutefois de très beaux souvenirs de cette discipline, et j’ai fait le choix de donner une priorité au duathlon.

A l’époque, le Luxembourg ne disposait pas de structures propres à former de jeunes triathlètes, j’ai ainsi appris très tôt à m’intéresser à la physiologie de l’entraînement et à planifier mes séances en autodidacte. J’avais développé d’ailleurs une vraie passion pour la physiologie de l’effort appliquée au terrain. Mes études en sciences et techniques des activités physiques à Grenoble ont d’ailleurs corroboré cette passion, à côté de l’envie de transmettre le goût pour les activités physiques.

Pourquoi l’Ultra-Trail du Müllerthal?

gary assel - milepakr

Garry Assel: J’ai entendu parler du « Leopard Ultratrail Mullerthal » pour la première fois à la mi-août, en rentrant de ma petite tournée d’entraînement et de courses en France et en Suisse. C’est en effet mon cousin et compagnon de déplacement sur les courses à l’étranger, qui m’a mis la puce à l’oreille, puisqu’il comptait prendre le départ du trail 35km à Echternach.

Au premier abord, je n’ai pas vraiment réagi à cette idée, sachant que ma saison était axée principalement sur les courses « skyrunning » caractérisées par un dénivelé important et des passages techniques et souvent vertigineux. S’ajoutait également le fait que ces courses ne dépassaient pas les 40 km en distance, avec en revanche des dénivelés positifs au-delà de 2200m.

Après ma très prometteuse deuxième place à la doyenne des trails dans les Vosges, « Trail Les Crêtes Vosgiennes », le 21 août dernier, j’étais en confiance concernant mon état de forme après les péripéties de début de saison.

Cette belle performance n’a été espacée que de quelques jours à peine de la course mythique « Sierre-Zinal » en Suisse, menant les coureurs de Sierre à Zinal sur 31 km et 2200m de dénivelé positif. A Sierre, j’étais arrivé un peu juste, après avoir subi une charge d’entraînement importante à l’occasion d’un tour du Mont-Blanc de presque 180 km en totale autonomie et un sac à dos de presque 12 kg sur le dos. Avec du courage, j’ai malgré pu finir la course et obtenir une belle 54ème place en devançant encore du beau monde.

Cette saison, mise à mal par une vilaine blessure au tendon d’Achille après une 3ème place au Sap’Trail d’Epinal en avril dernier, m’avait contraint à lever le pied en course à pied jusqu’au début du mois de juin. J’ai dû pallier cette interdiction de courir avec des séances de Roller-Ski et de natation.

En termes de volume d’entraînement donc, je n’étais pas vraiment armé de façon optimale pour pouvoir boucler un périple ultra de 112 km avec 2800m de dénivelé positif, sachant que ma reprise ne remontait qu’à un peu plus de deux mois !

« Une fois de plus, le corps humain démontre bien qu’il ne répond pas aux préceptes d’une science dure, état de fait souvent oublié par le milieu de l’entraînement et de la recherche. »

Néanmoins, je pense que les divers stages d’entraînement en hiver dans les Alpes, avec au programme du ski alpinisme, de la course avec crampons sur pistes de ski et du ski de fond, m’ont permis de construire des bases solides en vue de la saison trail.

Je rêvais déjà depuis un petit moment de m’aligner un jour au départ d’une des courses au programme de l’UTMB à Chamonix. Après m’être informé sur le parcours auprès de l’un des organisateurs, Serge Schmitz, (visiblement content de me voir cocher sa course en « last minute »), j’ai donc pris la décision de glâner une des dernières places au « Leopard Ultratrail Mullerthal ».

Je ne cache pas qu’à l’occasion du Tour du Mont-Blanc, en compagnie de mon collègue alpiniste et ancien triathlète de haut-niveau, Laurent Baraquin (entre autres, auteur d’exploits au-delà de 7500m d’altitude sans oxygène), l’idée était née de me lancer sur un format « Ultra », en vue de me qualifier pour la CCC en 2017 (petite sœur de l’UTMB – 101 km avec quelques 6300m de dénivelé positif à franchir).

Je n’aurai jamais osé croire pouvoir remporter le « Leopard Ultratrail Mullerthal », sachant que je ne comptais aucune épreuve de ce genre dans mon bagage trail en amont de cet événement (abstraction faite de deux courses trail longues plus courtes (80 km) terminées également aux toutes premières places, en Allemagne et au Luxembourg).

Les moments forts de ta course

Garry Assel: Tout d’abord l’ambiance magique à minuit, place du marché à Echternach, en amont du départ de l’Ultratrail. Ce moment restera gravé dans ma mémoire encore longtemps !

A cela s’ajoutent des souvenirs de la petite enfance encore présents sachant que j’ai passé les quatre premières années de ma vie à Echternach, ma mère travaillant dans la pharmacie attenante à la place du marché…

La rencontre discrète avec des animaux croisés au passage, à l’instar d’un blaireau qui prenait le large en montée, me devançant avec une facilité déconcertante. Ou encore ces cris d’animaux, probablement de renards, que l’on entendait au loin. Autant de moments privilégiés qui ont marqué plus de 11 heures d’effort.

Le fait d’avoir été plongé dans l’obscurité plus de la moitié de l’épreuve a conféré un caractère unique et rocambolesque à cette course, conditions d’ailleurs très similaires à l’UTMB de Chamonix.

L’angoisse terrible de la lampe frontale qui commence à me lâcher après à peine quatre heures de course, en pleine obscurité sur le tracé de la route 2. Les vacillements de la lumière de ma frontale m’ont tenu en haleine pendant quelques minutes, me forçant même à rebrousser chemin sur le tracé, en direction d’une route illuminée à proximité. J’ai pu finalement constater avec soulagement qu’une simple « surchauffe » de la batterie était à l’origine de l’incident. Une bête mésaventure qui aurait pu me mener à un abandon prématuré…

On se rend vite compte qu’en trail, et d’autant plus sur les distances Ultra, beaucoup de choses, même anodines, peuvent venir contrarier les desseins du coureur. Mais à chaque fois une leçon de vie en est tirée et la route continue!

gary assel - milepakr

Qu’as-tu pensé de l’ambiance sur la course et de l’organisation?

Garry Assel: Comme d’habitude, l’ambiance de solidarité tout au long de la course est omniprésente. Les petits échanges entre traileurs sont autant d’éléments qui nous rappelle que cette communauté de coureurs est unie. Unie par le goût, non pas d’en découdre avec le chrono, mais de se laisser surprendre par le milieu dans lequel ils plongent. Evidemment on ne saurait négliger le volet « temps » si on vise des performances sur un Ultratrail, et je n’ai d’ailleurs pas omis de comparer mes sensations d’allure avec les données de ma montre GPS.

L’équipe d’organisation autour de Serge Schmitz et Conny Pertl a été chaleureuse tout au long du tracé et chaque ravitaillement a constitué un moment d’encouragement et de bref échange privilégié.

Ton ressenti à l’arrivée? Ton prochain challenge? 

Garry Assel: J’ai passé la ligne d’arrivée avec une énorme satisfaction et fierté d’avoir eu raison de relever ce défi « Ultra » de dernière minute en fin de saison. Ce faisant, j’ai déjà clairement annoncé la couleur pour la saison 2017, où tous les objectifs intermédiaires à déterminer vont servir une seule et ultime étape que constituera la CCC (101 km, 6100 m D+), Courtmayeur-Champex-Chamonix, dans le cadre des courses de l’UTMB fin août 2017.

La question de la qualification pour la CCC va néanmoins encore me préoccuper un moment, sachant que la « International Trail Association » (ITRA), confère des côtes aux différents traileurs qui y sont enregistrés, permettant ainsi à certains coureurs de ne pas devoir passer par les tirages au sort en vue d’une inscription définitive aux courses de l’UTMB.

kilian jornet - milepakr

Avec cette victoire au « Leopard Ultratrail Mullerthal » en poche et mes autres performances réalisées tout au long de la saison 2016, j’espère sincèrement pouvoir faire parti du tableau des coureurs élites afin de bénéficier de certains avantages et d’honorer mes futurs sponsors.

D’ici le début de saison 2017, je garde espoir de pouvoir compter sur un petit pool de sponsors et une équipe de soutien et d’accompagnement bien rodée afin de nourrir tous les espoirs en vue d’un exploit personnel à la CCC !

Je ne cache pas, en effet, mon ambition d’un top 10 à cette course en vue d’une participation à l’épreuve reine à Chamonix, l’UTMB, en 2018.

Mais le skyrunning restera un bon moyen de me préparer durant la saison 2017. Je compte bien encore progresser dans les pentes très raides et améliorer mes relances dans les bosses.

Ci-dessus une photo de Garry avec Kilian Jornet à Tromso en 2014.

Merci pour cette interview, vive notre sport et ce nouveau site, milepakr, porteur d’espoirs pour tout participant et organisateur de courses d’endurance.

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Garry Assel, vainqueur de l’Ultra-Trail du Müllerthal